impuissance 2web

Malaise. Impuissance. Colère. Vulnérabilité. Une myriade d’émotions et de sentiments tourbillonnants, se déclinant en une large palette de couleurs digne des plus grands magasins de peinture.

Je devrais y être habituée. Je travaille avec ces palettes de couleur un peu tous les jours. Elles font partie de mon quotidien en tant que travailleuse sociale. Une partie de mon quotidien devrais-je dire. Parce que dans mon métier, je côtoie aussi les couleurs fierté, force, résilience, soulagement, dépassement de soi. Loin de moi l’idée de dire que je maîtrise parfaitement tout ce cercle chromatique. C’est plutôt le contraire. C’est mon défi de tous les jours que d’accompagner les gens qui vivent ces mélanges, parfois complexes, parfois éclatés, parfois monochromes, de couleur.

Ces deux dernières semaines, j’ai fait l’expérience plutôt marquée de la riche palette impuissance. Je m’y suis cognée le nez. J’ai essayé de la battre. De la diluer à travers d’autres couleurs. J’ai fait semblant de ne pas la voir. J’ai voulu lui fermer la porte, plutôt lui claquer la porte au nez. Et toujours, elle laissait une coulée brunâtre sur mes murs. Une trace bien visible. Trop visible à mon goût. Elle contaminait toutes mes autres couleurs. Et m’empêchait de fonctionner adéquatement.

Comme toujours dans ces moments, mon corps vit intensément ces émotions. S’insinuant dans chaque recoin. Bonjour les nausées, le mal de ventre, le manque de concentration. J’aurais voulu me cacher dans le mini-placard de mon bureau (oui, oui, il y a des avantages à être petite, j’aurais vraiment pu le faire!!).

Et surtout, ce sentiment de vide complet à l’intérieur, qui m’empêchait de reprendre prise sur la réalité. Au moment où je m’y attendais le moins, mon ami le deuil a choisi de refaire entendre sa voix. Ce que je déteste avec le deuil? Il n’y a pas de moyens particuliers pour passer au travers. Pas de stratégies spécifiques pour le cheminer, pour avancer dans le processus. Pas de réelle normalité ou anormalité. Pas moyen de me dire que dans un laps de temps défini, avec un «plan d’intervention», je pourrai dire que je me suis rendue à telle ou telle étape.

Bref, un sentiment d’impuissance qui me fait perdre tous mes moyens. Je suis une cordonnière mal chaussée, je sais! Maladroite dans la vie, maladroite avec mes émotions aussi!

Ce blogue partageait il n’y a pas si longtemps une BD sur comment accueillir une émotion. Ça aurait été le temps pour moi de la relire! Ce que je n’ai bien sûr pas fait. Par contre, j’ai eu la chance d’avoir des amies et une équipe de travail extraordinaire qui m’ont aidée à décortiquer ce que je vivais. D’en voir son potentiel. À la fois personnel et professionnel. D’en faire un tremplin pour mon développement. En particulier professionnellement, afin de mieux accompagner les gens qui la vivent.

Je me battrai encore souvent avec l’impuissance. À la fois personnellement et professionnellement. Mais je la regarderai peut-être différemment la prochaine fois. J’apprendrai à la reconnaître de loin. Et à moins en avoir peur. Ou plutôt, à voir son potentiel. À distinguer, comme on me l’a si bien dit, l’impuissance réelle d’une situation et celle que l’on vit. Parce qu’entre les deux, il y a souvent une grande marge. Une petite fenêtre qui nous (me) permet de respirer et de mieux accepter de lâcher prise. D’accueillir la palette qui me compose. Peut-être même qu’un jour, je l’espère, je pourrai apprécier toutes les teintes de l’impuissance, ses subtilités, sa beauté…

Il reste que si mon métier m’en fait voir de toutes les couleurs (!), j’y suis accro. Privilégiée d’avoir accès, chaque jour, à des palettes de couleurs si uniques et personnelles. Et de pouvoir les toucher, du bout du doigt, du coin de mon coeur.

Et vous, comment faites-vous face à l’impuissance?