S'évader

Une soupape, un disjoncteur, s’évader, oublier, anesthésier…Donnez-lui le nom que vous voulez, mais nous avons tous un mécanisme de défense face une à une situation trop intense, une émotion trop grande, une souffrance psychologique que nous ne savons plus gérer. Un moyen bien à soi, qui nous permet de se déconnecter face à la surdose émotionnelle. Nous avons tous les nôtres, plus ou moins adaptés…Alcool, drogue, sport, dépersonnalisation, déni….

J’en ai moi-même quelques’ uns, selon la situation, plus ou moins adaptés aussi…discutables même. Quand l’intensité est gérable, je me tourne vers l’écriture, le vino, une bonne bouffe ou la marche en nature. Par contre, si je sens que je vais exploser de colère ou de tristesse, je me tourne vers le jogging, danser (dans les bars…il y a bien longtemps!!!) et rouler…

Rouler sans fin, la radio qui crache de vieux classiques rock ou de la bonne techno… L’envie de rouler ainsi tout le jour et toute la nuit….Laisser la route me bercer…Aller où mon cœur me dicte. Loin du quotidien, de la routine, de mes obligations…

Ça m’arrive. Comme ça. Très souvent en voiture. L’envie de m’évader, de m’en aller bien loin… Me retrouver. Être l’unique sujet de mes pensées. Ça m’arrive depuis que j’ai eu mon permis de conduire. C’est arrivé avec la voiture de mes parents, avec ma première voiture… Je fais de longs détours au retour du dépanneur, de l’épicerie, du travail…

Ça m’arrive depuis mes 20 ans, célibataire, en couple…depuis que je suis maman aussi.

En fait, je le faisais déjà enfant. Mes moments préférés étaient nos promenades du dimanche, en voiture. Nous allions nulle part et partout à la fois. Mes parents se fixaient une destination bidon, juste pour se trouver une raison de rouler…rouler loin du quotidien. Ça doit être eux qui m’ont transmis cette habitude.

Ce sont des moments de flottement, d’introspection. Je veux m’évader : de moi, des autres, d’une situation, de ma vie du moment.

J’ai constaté que je suis alors submergée de nostalgie, de tristesse et de besoin de liberté.

Dans la littérature en psychologie, on dit que la nostalgie et la tristesse sont des émotions qui indiquent qu’il y un manque au plan affectif. Il y a quelque chose qui nous fait défaut, qui nous fait souffrir, que nous aimerions avoir…ravoir. Je roule alors pour tout cela…

La musique, le cocon qu’offre la voiture, la douce solitude. Dans le monde, mais coupé à la fois. La musique, forte, très forte parfois, pour assourdir les pensées. Parfois le silence, juste le bruit de la voiture. Un ronronnement qui me mène presque en état de méditation.

Bref, pendant ce moment d’évasion, reprendre son souffle, reprendre contact avec le rock en soi. Le solide, la base. Je reviens souvent très calme, comme anesthésiée en fait. Je ressens beaucoup moins la douleur, même si je la sais encore là. Cet intermède me permet de reprendre les forces nécessaires pour poursuivre ma route, trouver des solutions, prendre soin de mon âme, de mon cœur.

Avant, je revenais chez moi, frustrée de ne pas avoir pu m’évader plus longtemps. Maintenant, je reconnais ce besoin de m’évader. Je comprends qu’il y a une partie de moi qui a grand besoin d’être entourée de douceur et d’amour.

Aujourd’hui, quand je ressens ce besoin d’évasion, je fais un grand détour, je monte le son de la musique….Je m’évade dans ma tête…Je chante à tue-tête. Se défouler fait du bien! Je sais aussi qu’au retour, après cette pause, je vais devoir trouver la source de ce besoin et prendre soin de moi. Mais avant, je profite à fond de ce moment de solitude.

Et vous, quels sont vos mécanismes de défense face aux trop grandes vagues d’émotions, aux tsunamis du cœur?