Cours d'école

Notre parcours scolaire, quel qu’il soit nous a façonné. Il diffère pour chacun d’entre nous. Pour ma part, ce long chemin est loin d’être un moment joyeux de mon existence, plutôt comme un passage obligé, les dents serrées en attendant que ça passe. Pourtant, je n’y changerais rien !

1992, une année vécue entre parenthèses. Année où je me suis enfin sentie comme «toul’monde». À 13 ans, j’expérimente pour la première fois le concept de «faire partie de la gang». J’aime ça! Je n’avais jamais osé croire cela possible, mais ce fut le cas et je l’ai savouré durant une année scolaire complète.

Des années auparavant, j’avais commencé la maternelle dans une école de quartier bien ordinaire. En fait, très ordinaire, accueillant des enfants ordinaires de familles de la classe moyenne. Nous sommes qu’une dizaine qui sort du lot…aux yeux de nos camarades.  Il y avait un ou deux enfants d’une autre nationalité…Les deux étant adoptés de parents québécois. C’est dire qu’à cette époque nous ne parlions pas encore de multiculturalisme dans la petite ville de Victoriaville.

Il y avait un ou deux enfants en chaise roulante et un ou deux ayant une déficience intellectuelle. Finalement, l’autre moitié était des enfants rejetés pour différentes raisons : surplus de poids, nom de famille étrange, habillement différent, attitude hors norme…Bref, il en fallait bien peu pour être vu comme «différent». J’ai rapidement fait partie de cette catégorie. Venant d’une famille au revenu très modeste, pour ne pas dire parfois inexistant, je m’habillais avec le linge de mes cousines. Pratique courante à l’époque. Le seul problème était que malgré le fait que j’étais plus jeune qu’elles, j’étais tout de même plus grande. Un brin échalote… J’ai donc eu «de l’eau dans cave» et les manches trop courtes durant tout mon primaire. Avec 5 ans de retard sur la mode et une inaptitude marquée pour le sport, il n’en fallait pas plus pour devenir une cible de choix.  J’étais même choisi en dernier, lors de la constitution des équipes en éducation physique.

Intimidation sur le chemin de l’école et rejet dans la cours…Je me suis faite à l’idée que ma meilleure amie c’était…moi! Je me sentais différente ou bien on me faisait sentir ainsi…Aucun échappatoire.

Vers la troisième année du primaire,  j’ai réalisé qu’entre marginaux ont se reconnaissaient et ont s’acceptaient. Du moins, ont se regroupaient. De cette façon, ont devenaient un groupe et non plus des «rejets» isolés. Bref, j’ai passé une grande partie de ma scolarité avec les plus marginaux de l’école : les «punks», les «drogués», les handicapés, les «troubles de comportement (T.C)»…On ne manquait pas d’étiquettes pour nous nommer… Moi, j’étais la «nerds à lunette», l’artiste et la «mal habillée»…Bref, tout dépendait de l’école.

Ceci étant, cette situation c’est répétée dans les deux écoles primaires que j’ai fréquentée et les quatre écoles secondaires, sauf une, celle de 1992-93.

Dans cette école, rien de particulier sauf le fait qu’il y a beaucoup plus d’élèves et donc une plus grande diversité…et surtout on ne me connait pas. C’était ma chance de refaire une première impression. J’ai aussi commencé à travailler. Je gardais les enfants pour 2$/heure et malgré que je devais payer mes frais de scolarité et mes livres, il m’en restait assez pour m’habiller! Ho oui! M’habiller à mon goût!! Je me paie même le luxe d’une permanente dans mes cheveux! La total en 1992! Cheveux frisés et toupet «crêpé»! Je vous dis, je suis enfin comme tout le monde.

1992_web

Ce sera une année incroyable. Premier amoureux, première «gang» de filles «cool» et premiers partys. Je me fonds dans la masse.

Ma famille déménage à nouveau. Je change d’école secondaire. Je perds tous ces beaux privilèges.  Dans ce nouveau village, si tu viens de Victo et que tu ne fais pas de sport, tes chances d’intégration diminuent de moitié…et si en plus tu excelles à l’école, fais-toi à l’idée que tu l’auras encore moins facile…C’était ainsi, il y a 23 ans…

Je rejoins rapidement le groupe des «marginaux», ils seront mon refuge et je parviendrai à terminer mon secondaire sans trop vivre de «rejet».

Il est incroyable de constater comment notre histoire scolaire nous forge, tout autant et sinon plus que l’éducation reçue à la maison. Les nombreux changements d’école font de moi une personne avec une grande capacité d’adaptation. Mes nombreux amis hors-normes m’ont appris que la différence est une richesse. Je ne suis toujours pas une fille de «gang». J’aime avoir des amis de tous les milieux, de tous les horizons et sortir du cadre!

Mon expérience de 1992 m’aura permis de savoir que je peux être comme tout le monde….mais que finalement, je préfère être MOI! Un brin EXTRAordinaire, un brin artiste, un gros brin critique avec un soupçon de folie et une grande dose d’ouverture.

Quelle personne EXTRAordinaire le chemin de l’école a fait de vous ?